A l’occasion du premier concours d’éloquence – Prix Georges Clemenceau – organisé par le ministère des Armées, le lieutenant-colonel Boute, directeur de l’enseignement CDEC (centre de doctrine d’enseignement du commandement) / EMSST (enseignement militaire supérieur scientifique et technique), professeur affilié HEC Paris), explique l’intérêt pour le ministère d’un tel évènement.
La question est avant tout de savoir pourquoi nous avons attendu si longtemps avant d ‘organiser un concours d’éloquence au sein du ministère des Armées.
Il est, en effet, plus que temps de montrer que l’expression « La Grande Muette » ne correspond plus à la réalité. Le militaire peut s’exprimer comme tout citoyen et il le fait bien, en respectant évidemment la discrétion que requiert la spécificité de son métier. Certains ont pris la plume avec succès ces dernières années, d’autres continueront à prendre la parole.
Dans les grandes écoles françaises, outre les finalistes de ces concours que nous retrouvons sous les feux de la rampe, il est encourageant de voir qu’avec les années, de plus en plus d’étudiants osent se dévoiler en s’inscrivant à des cours d’art oratoire ou aux premiers tours des concours d’éloquence.
L’éloquence, c’est la capacité à convaincre, émouvoir et ainsi toucher son interlocuteur. Il faut pouvoir sélectionner, prioriser et correctement exprimer ses arguments pour pouvoir être convaincant. L’officier, tout au long de sa carrière, aura à convaincre ses interlocuteurs militaires et civils. La parole, utilisée à bon escient, est une arme exceptionnelle, qu’il convient de valoriser. S’exprimer, notamment en public, nécessite un apprentissage, des techniques et un entraînement régulier. Si on ne naît pas marathonien, on ne s’improvisera pas non plus spécialiste de l’éloquence.
Les différents concours militaires, à chaque étape de la carrière, octroient une place essentielle à l’oral, ce qui est un bon point de départ. De plus, de nombreux professeurs dans les organismes de formation militaires, conscients de l’importance de l’éloquence, ont intégré des cours d’art oratoire, de négociation ou de communication dans les parcours de formation qu’ils encadrent. L’erreur serait de considérer que la parole est innée et de négliger les techniques de travail spécifiques pour maîtriser l’exercice. Il est important également de toujours continuer à se former, ce qui se fait dans le cadre de l’enseignement militaire supérieur des 2° et 3° degrés.
Qu’ils soient eux-mêmes, avec l’impertinence de leur âge, l’humour qu’ils devront garder tout au long de leur carrière, la fierté d’être officier et la sincérité de leur personnalité. Si en plus, ils arrivent à jouer de la richesse de notre belle langue française, à s’appuyer sur leur culture et à créer un univers poétique, non seulement ils convaincront le jury et l’auditoire, mais ils retireront également la satisfaction gratifiante et le plaisir spontané d’avoir participé au tout premier concours d’éloquence du ministère des Armées.
>>> A voir aussi : rencontre avec Bertrand Perier, avocat et commandant dans la réserve citoyenne, qui a aidé les candidats dans leur préparation
Sources : Ministère des Armées